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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 17:05

 

La France n'aime pas ses accents
le Dimanche 3 Février 2013 à 06:50

 

L'accent "toulousain" serait le plus charmant et l'accent "chti" le plus drôle, selon un sondage du site de rencontres Parship publié cette semaine. Mais la France aime-t-elle vraiment les accents régionaux ? Ce n'est pas sûr du tout.

L'Agenais Michel Serres prouve que, contrairemement à ce que croient certains, on peut dire des choses intelligences avec un accent chantant © Michel Feltin-Palas

La plupart des médias qui ont repris ce sondage (1) ont retenu avant tout une chose : l'accent toulousain serait "le plus charmant" et même "le plus sexy", dans la mesure où les intonations du Sud seraient dotées d'un capital sympathie précieux dans le jeu de la séduction. Mais cette enquête contient d'autres informations qui ont été peu relevées et qui, à mon sens, sont plus inquiétantes car elles montrent que les accents régionaux restent méprisés.

La preuve est apportée par la réponse à la question suivante : quel est l'accent le plus intelligent ? Réponse : ni celui des Alsaciens ni celui des Provençaux, mais le français standard, faussement dit "sans accent", loin, très loin devant celui des Bretons.

Contrairement à ce que l'on croit, cet accent n'est pas l'accent parisien. Historiquement, c'est l'accent des classes privilégiées qui, dans un pays centralisé comme la France, vivent surtout à Paris _ c'est très différent. Car ces classes sociales ont toujours veillé à se distinguer du peuple. C'était vrai hier vis-à-vis du parler des titis parisiens. C'est tout aussi vrai aujourd'hui avec les intonations des jeunes de banlieue.

C'est cet accent qui domine le cinéma et le théâtre -Phèdre n'est jamais jouée avec l'accent marseillais. C'est cet accent qui domine dans les médias audiovisuels pour les rubriques dites "sérieuses", comme la politique ou l'international. A de rares exceptions près, les journalistes à l'accent du Sud-Ouest sont cantonnés à la météo ou au rugby. C'est cet accent qui domine à l'université et dans les grandes entreprises. Dans les classes préparatoires aux grandes écoles ou avant l'agrégation, certains jeunes dotés d'un accent régional sont incités à prendre des cours de diction.

Ce rejet des accents traduit donc, en réalité, un mépris des "élites" vis-à-vis du peuple.  De tout temps, les notables provinciaux ont compris que, pour réussir, il leur fallait singer les manières et le langage des dominants. Ce mouvement a aujourd'hui gagné l'ensemble des classes moyennes. Bien des parents "corrigent" l'accent de leurs enfants, dans l'espoir de favoriser leur réussite sociale.

Et cela provoque des dégâts psychologiques, car les Français dotés d'un accent régional se demandent s'ils doivent y renoncer pour réussir socialement (2). Beaucoup s'y résolvent, d'ailleurs, avec plus ou moins bonne conscience, car cela les oblige à renoncer à une part de leur identité. Certains finissent même par se moquer de ceux qui ont gardé l'accent pour bien montrer que, eux, ont réussi à changer de milieu. L'académicien d'origine corse Angelo Rinaldi a ainsi écrit en substance que la langue corse ne servait qu'à parler aux chèvres ! (3)


Il est étonnant de constater qu'au XXIe siècle, alors que le racisme et le machisme sont combattus vigoureusement -et c'est tant mieux - on n'observe rien de tel pour les accents, alors même que certains individus sont pénalisés en raison d'a priori indéfendables. Et cela montre qu'au fond, la survivance des accents dérange profondément dans un pays comme la France, qui s'est construit en agrégeant, parfois par la force, des peuples issus de cultures et de langues différentes. Visiblement, notre tradition jacobine n'est pas morte.

(1 ) Enquête PARSHIP.fr, en partenariat avec l'Institut de l'Administration des Entreprises (IAE) de Grenoble, auprès de 1004 personnes.

(2) Voir Françoise Weck " Putain d'accent, comment les Méridionaux vivent leur langue " (Lharmattan)

(3) "En dehors d'une certaine façon que les bergers ont en commun de siffler le soir pour faire rentrer les chèvres, la langue corse n'existe pas" Angelo Rinaldi, Académicien français, 2005

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 13:01

La marche du soleil rythme nos vies depuis des millénaires et notamment en deux périodes de l'année celles des solstices.Le solstice d'été est bien connu tout comme son lien avec les fêtes de la Saint Jean.

J'ai donc choisi de vous parler  de celui d'hiver qui  est également lié à une autre Saint Jean, celle d'hiver  officiellement fêté le 27 décembre.

Le solstice d'hiver varie selon les années du 20 au 23 décembre, ces deux dates extrêmes étant assez rares et plus fréquemment les 21 ou 22 décembre. Il marque la remontée du soleil et les jours qui commencent à rallonger. En fait cette façon d'énoncer les choses est assez simpliste car le soleil continue de se lever de plus en plus tard jusqu'au 7 janvier, mais il se couche aussi plus tard ce qui explique l'impression de durée croissante. Pour les scientifiques ou les sceptiques cliquez sur ce lien et vous aurez les données exactes pour Mont de Marsan

 

Le dicton gascon constate cette remontée infime mais apparente aux alentours de Noël

Enta Sente Luce, u  saut de puce ( 13 décembre)

Enta Nadau u saut de brau ( bouvillon)

 

Je vous cite un dicton catalan qui après la puce de Sainte Luce poursuit en privilégiant la rime à la logique

Enta Nadau un pas de passerat (moineau)

Enta Sant Esteve , un pas de lebe ( lièvre) (26 décembre)

Enta l'an nou un pas de bou (boeuf)

Enta Reis un pas d'anheth ( agneau)

Enta Sant Antoni un pas de demoni (démon)

Enta Sant Sebastian un pas de mardan (cochon) ( 20 janvier)

Enta Candelera ua hora sincera ( 02 février)

 

On sait que Noël est venu se superposer à une série de fêtes païennes centrées sur le solstice d'hiver et la remontée du soleil  : les Saturnales de la fin de l'Empire Romain IV° s  ( l'Empire romain tardif selon la nouvelle dénomination ) le jour de Dies Natalis Sol Invictus ( le jour de la naissance du soleil vainqueur, 25 décembre ), ou des fêtes religieuses qui ont pour point commun l'allumage de bougies (de  Sainte Luce en Suède à Hannouka chez les Israélites).

 

Pourquoi en serait-il autrement chez nous ? La Gascogne perpétue de façon assez vivace deux célébrations de la lumière renaissante

 

La halha de Nadau


L'une d'entre elles s'appelle la halha de Nadau : il s'agit d'allumer en plein air un grand feu à la tombée de la nuit du 24 décembre, lequel est censé éloigner le diable, protéger la famille et les récoltes. Autour de Saint Sever, les métayers allumaient sur le haut des collines de grands feux faits de ronces séchées, de dépouilles de maïs, de vieux bois. Au feu de l'un répondait un autre feu plus loin.  Cette pratique était courante en Chalosse et est aujourd'hui remplacée par une soirée festive avec vin chaud et chants dont le traditionnel 

Halha de Nadau                      Feu de Noël

Lo porc a la sau                      Le porc au saloir

La garie au topin                    La poule dans le pot de grès

Coratge vesin                        Courage voisin ( en gascon le vesin est tout membre de la                                                  communauté   pas seulement le plus proche)

 

Halha de Nadau

la tripa au pau                       le boudin enroulé sur le baton horizontal

Lo gat au hum                       le chat à la fumée ( selon les ethnologues, le chat est le Diable ou le                                                loup-garou, il est bien connu que les sorcières cherchaient à jeter  des sorts                                                      le 24 au soir)

Pum                                      Pum !


 

 

Ailleurs dans le Bazadais, la halhe était un balai enflammé que l'on promenait autour des cultures. Souvent cette tradition a dérivé vers un passe-rues avec flambeaux et lampions mais qui procède de la même symbolique.

 

 

La trounque de Nadau

C'est une tradition destinée à protéger le foyer  qui s'organise autour du bon feu protecteur contre le feu du Diable (comme pour la halha)

 

Appelé ailleurs soc ou capsau, c'est un gros morceau de bois que l'on met au feu le soir de Noël et qui doit y bruler longtemps. Pour certains jusqu'au jour de l'An, pour d'autres au moins 2 ou 3 jours après Noël. Son existence est attestée dans tout le grand Sud de la France (lou cachofio provençal), en Espagne  (tronco de Nochebuena) en Aragon ( tio de Navidad). La tradition catalane  du tidon de Nadau nous éclaire : cette grosse bûche - plutot un morceau de souche- doit être déposée au centre du foyer et elle transmet le feu au bois que l'on vient d'y apporter.

Elle symbolise la continuité du cycle des saisons, et l'importance de la structure familiale. D'ailleurs la mise à feu peut s'accompagner en Provence de gestes de type libations romaines ( on verse du vin sur le feu) ou d'incantations ( cache le feu ancien, prends le feu nouveau qui nous remplit de joie, et l'an prochain si nous ne sommes pas plus nombreux qu'au moins nous ne soyons pas un de moins)

Celui qui les prononce est aussi celui qui choisit la trounque, celui qui "fait bouillir la marmite" lou meste ou la daune selon les régions : alors pour réussir l'opération, il choisit un bois volumineux, plein de noeuds, dense et brulant très lentement ( selon les régions du hêtre, de l'olivier, du poirier) . Car en cas d'échec, mille maux s'abbatraient sur la maison.

 

Voilà comment nous est venue la tradition de la bûche de Noël ! Allez bon Noël et pensez à moi quand vous  la dégusterez

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 11:00

Lorsqu'on me pose la question de ma langue régionale, je réponds que je parle gascon et non occitan. Et je précise  que l'occitan n'est pas une langue mais un ensemble de langues de même souche, donc de la même famille. Faut préciser car certains en sont encore à se demander si tout celà relève d'un patois, d'un dialecte, d'une langue.......


Pour ceux qui voudraient avoir des explications plus argumentées que les miennes, je renvoie à l'article écrit par un universitaire sociolinguiste breton qui pour le développement des langues régionales préconise le choix des langues de proximité ( le gascon par exemple) au détriment du " fourre-tout " occitaniste.

 

Rassurez vous, l'article est certes argumenté mais très accessible. Bonne lecture !

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 10:16

Je vous avais déjà parlé des prénoms familiaux  : c'est un grand plaisir pour moi d'ajouter à cette liste celui de Pierre, le dernier-né.

 

Pierre en gascon c'est Peïr ( mais le r ne s'entendant pas, celà se prononce pey, avec un é bien aigu). J'insiste sur ce é car sinon vous ne comprendriez pas que la forme dérivée soit très souvent : Saint Pé de Bigorre, Sen Pé do Mon à côté de Mont de Marsan.

Ce prénom est le plus répandu en Béarn en 1385 ( recensement des feux par Gaston Febus) et certainement aussi en Gascogne : sa forme est Pé, Pées ( comme Bernard le guide) 

 

 

Les spécialistes des noms de famille gascons ont aussi noté une kyrielle de noms de famille formés sur la base Pé + nom de la maison ou du quartier ( Pédehontaa en Béarn : le Pierre de la fontaine, Pédarré : le Pierre de la maison à l'Ouest du village) ou Pé + nom de mêtier ( Péfau, Péhau : le Pierre forgeron) ou encore Pé + forme de végétation ( Pécassou, Pécastay, Pébarthe  suivant qu'il s'agit du chêne ou du chataîgner ou de milieux humides)

 

Mais le plus intéressant pour le petit Pierre d'Orist, ce sont tous les petits noms agréables qu nous pourrons lui donner :de Peïrou ( littéralement Petit Pierre) à Peïroton ( Peyroutoun) le petit Pierre chéri . C'est ce que l'on appelle un hypocoristique.

 

Et comme Peïroton est aussi le titre d'une chanson enfantine traditionnelle , vous vous doutez bien qu'il y aura droit ! Elle décrit un gentil garçon qui vit plus ou moins de braconnage et qui dépense le dimanche en chopines ce qu'il gagne la semaine ; pas très moral mais bon pour l'endormissement après le  biberon.


Il y aura aussi Peïrot ( Haut, Peïrot, bam camina de cap a l'imortelo dit la chanson mais celle là ne vaut rien pour s'endormir ), mais également Peyroulet ( nom de scène d'un artiste toulousain il y a quelques décennies), Piarou, Pieroun..... 

 Pour les Basques ce sera Peïo !

 

" De sen Peïr a Sen Joan " signifie toute l'année car Saint Pierre se fête fin juin, quelques jours à peine après la Saint Jean. 

 


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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 22:17

La première étape de l'humidité c'est la boue : la hanga, exemple que je prends souvent pour illustrer la filiation latin  (fanga)  gascon ( hanga) , et français (fange). Lorsque la boue devient épaisse, collante c'est  la hangasse ( bourbier important par l'augmentatif asse). 

 

P3090009.JPGLorsque les zones humides sont plus importantes , on parle dans les Landes de Gascogne de Brau ou Braou  : le terme est attesté sur les cartes de Gabarret à Saint Julien en Born. Grabe ou graoue étaient employés : combien de tracteurs à deux roues motrices des années 70 se sont engraoués dans des bas-fonds ? Méfiez vous en hiver des lieux baptisés Lagrabe....

Evidemment, la lagune lagüe connue de tous les landais !

 

Dans la région de Losse, la même configuration se nomme Bourn et vers la côte océane Piaou ou Piaouje ( Sainte Eulalie en Born) : j'avoue ne pas avoir trouvé de corerspondance à ces termes dans mes dictionnaires, recueils de toponymie.....Vos commentaires avisés seront bienvenus.

 

Pour les marais de plus grande importance, il semble que le terme générique soit palus ou palud (dans le Médoc) : on le retrouve effectivement sur les cartes mais je ne l'ai jamais entendu entre Tarbes et Aire sur l'Adour ; et pourtant je l'aurais facilement retenu car ancien latiniste et élève d'un prof d'EPS nommé Palustran !

 

Les chasseurs possèdent un vocabulaire prècis pour désigner les endroits où les bêtes sauvages vont se rouler dans la boue : la soulh est une petite mare, un bourbier, un cloaque où les sangliers vont se rouler "se bouquiller" ou "se bourriquer". Ces deux expressions sont directement issues du gascon bouquilha's  ou bourrica's qui signifient pour des animaux se rouler par terre. Ce qui prouve que les chasseurs utilisent un gascon prècis sans le savoir !

 

Le terme clot désigne un trou ( on jouait aux billes à la clotte) plus souvent une mare, qu'elle soit naturelle ou artificielle. Par contre u pesquè est une création de l'homme : il est théoriquement destiné à contenir des poissons ( pèch), il faudrait donc le traduire par vivier.  

 

Enfin reste entier le mystère de ce que l'on nomme phonétiquement en Rivière Basse "goze" nom féminin qui désigne un trou d'eau  laissé par les bras morts de l'Adour. Je ne trouve ce terme en aucune orthographe ( go, gau, se, ze) dans le dictionnaire historique de la langue française Robert en 3 vol.

J'en déduits qu'il est gascon.... mais ne le trouve pas plus !    Est ce une déformation de gourg ( trou profond, peut-être ) de gau  (cours d'eau artificiel en Bigorre, je ne pense pas car ces gozes sont bien naturelles) ?  Qui me mettra sur la voie ?

               

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 21:28

C'était aujourd'hui laPALOMBIERE CADROY Saint Luc qui est selon les palomayres de tradition jour du "gran truc" de la migration. Cette année la Saint Luc n'aura pas été conforme à sa réputation : passage quasi nul dans le Sud Ouest , alors que depuis deux ou trois  jours, grues, rapaces, pinsons filent cap au Sud.

 

Ce manque d'animation a provoqué quelques siestes involontaires ou digestives et  de la part d'un chasseur bien inspiré ( Brouquinat à Aurice 40) un nouveau proverbe " A la Sen Luc, lo gran cluc" ( la grande sieste).

 

Et je suggère aussi à ceux qui ont posé puis loupé le tir " A la Sen Luc, lo gran malestruc" ( maladroit) ou à ceux qui ont eu des ennuis divers dans les ficelles, raquettes, libération des volants, appeaux  " A la Sen Luc, lo gran estrabuc" (  obstacle qui fait trébucher au sens propre  ou obstacle inattendu dans une affaire en cours au sens figuré).

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 22:47

J'ai essayé de rassembler mon vocabulaire de Gascon des terres medio- aturiennes sur l'eau...Le sujet est tellement vaste que si vous connaissez d'autres mots, n'hésitez pas à nous en faire profiter !

 

Les cours d’eau naturelsCamales verdure

Les termes génériques sont arriou, riou  souvent affectés d’un adjectif ou d’un lieu où ils passent pour les désigner avec précision.

On peut avoir des arrious peyrous, secs, mourt , torts , loung ( au sens de lent ex l’Aygueloungue). Tout ceçi a donné une foule de noms de personnes : Larrieu, Darrieux, Darrieutort, Darrieussecq, Arrioumort, Rieudebat….

Les petits arrious sont des arriouets ou arribets  Un arrec est un petit ruisseau courant dans un ravin assez pentu et étroit.

Des noms plus spécialisés concernent les torrents de montagne qui peuvent se nommer gabes avec diminutif gabet et augmentatif gabas à l’Ouest et nesto à l’Est des Hautes Pyrénées. Bizarrement au centre c’est le terme générique Adour qui l’emporte : Adour d’Arizes, Adour de Lesponne, de Payolle…

Les cours d’eau créés par l’homme

Dans toute la Haute Bigorre, le canal d’irrigation est le gau ou agau , il permet d’ aygueja, ayguera, adayga (irriguer)

A partir de Tarbes on rencontre aussi le terme aygue, ayguère ou ayguerotte

Ces canaux induisent un vocabulaire spécifique : Capagau est le canal principal qui se subdivise en un chevelu infini. Quant un agau croise un ruisseau, on lui fait franchir par un bois rond creusé ou une forme en bois qui s’appelle arruscle ou arrusclet

Les prises d’eau sont assurées par des pierres plates, les estancs (pour que l’eau s’estanque =s’arrête)  Dans la plaine on parle plutôt d’esclauze ou porte-ayguère pour les écluses

Les moulins sont rarement sur les cours d’eau ( trop dangereux pour cet investissement) mais sont alimentés par un canal baniou, qui prend l’eau à la pachere  ( digue en piquets et clayonnage permettant la prise d’eau)

Les mouvements d’eau

La houn ou hount : la source tout autant que la fontaine. Elle est souvent ornée d’un qualificatif ( hrede : froide, ou caoute, blanque ou négre , pouyride, pudente, salade, picheprim :qui coule faiblement….)

Lou briu : le courant coule de cap sus ( amont) vers capbath (aval)

Le  cop d’aygue  c’est tout changement de niveau parfois un simple lâcher d’eau par un meunier voisin. L’aygat ou aygade  est l’inondation et le sequè ousequère  une période de sècheresse. Dans ce cas la hanga ( fange, boue) disparaît des endroits les plus graouassous (humides, marécageux)Ju Belloc 012

Ces montées et retraits de l’eau façonnent un paysage de bras morts, de creux d’eau stagnante ( en apparence seulement car le renouvellement se fait par filtrage, je ne trouve aucune transcription du mot gose qui est fréquent en Rivière Basse ), de bancs de cailloux envahis par les saules : c’est le paysage de la saligue  ou salhet ou salheyt en Lavedan. Ce terme  recouvre à la fois l’espace ainsi que la végétation qui y pousse tant sur les îles que les rives.

Enfin les quartiers autour des ruisseaux portent le nom de ribeyre avec un paysage particulier fait essentiellement de prairies naturelles. En Gascogne avoir des prés est le véritable signe de richesse : ils permettent d’avoir du foin et donc de nourrir plus de bétail l’hiver.

Franchir l’eau

Le plus simple est le gua, le gué naturel ou aménagé avec des pierres, on trouve des passerelles faites d’une pièce de bois ou d’un simple arbre abattu sur place : ce sont les palanques ( lespalanquetes devaient être bien légères et branlantes) . Les ponts pouns sont des investissements coûteux et fragiles. Le bac est lepasse l’aygue.

La pêche

Je ne parle pas des pêches à la ligne qui datent du XIX° siècle mais des formes traditionnelles que j’ai connues dans mon enfance. Dans les ruisseaux, la plupart des riverains avaient des bergats  ( nasses) ou « tendaient » ( le verbe tene employé seul signifiait forcément tene courdilhs : tendre des cordes avant la nuit). Les plus jeunes alliaient le plaisir de la baignade avec celui de la pêche des pesquits  en poussant à contre-courant les deux manches du  rapatout   sac grossier qui raclait les fonds. Enfin, les plus grands pêchaient a la ma-taste  (littéralement à tâtons) sous les racines des arbres.

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 12:36

Carnaval bearnais 003Carnaval est synonyme de permissivité totale. Seule contrainte San Pançard doit être jugé et brûlé pour marquer l'entrée dans le Carême, fuir virtuellement en Aragon... et revenir l'année prochaine.

 

Le thème

 

Il tourne bien sûr autour de San Pançard, de sa femme Carronhe qui prétend monter sur son trône et se fait éjecter par les bouffons ( en toile de jute et foin : Las Palhassas) ; au passage salut à la banda des Peillasses de Nîmes . Tous s'entendant pour chasser ( photo) le sinistre Quoaresme qui promenait au bout de son bâton un poisson signe du régime alimentaire à venirCarnaval bearnais 020 Carnaval bearnais 013

 

 

 

 

Les mythes fondateurs

 

Ils sont incarnés par quatre géants dont un cyclope effrayant ( Lou Becut ). Les deux autres sont des pasteurs barbus descendus de la montagne et mourant au moment de la première neige ( le Déluge ou l'apparition du Christianisme ?) qui apportèrent la prospérité. Mulat Barbat est aveugle, il enseigna dans le piémont la culture du blé.Carnaval bearnais 016Carnaval bearnais 007

Milharis- que je connais mieux car haut-pyrénéen- vivait entre Pic du Midi et Chiroulet. Pasteur très riche, sentant sa fin prochaine, il se fit ensevelir sous d'immenses pierres près de Bagnères de Bigorre ( Beliou) et envoya son fils en piémont pour échapper à la neige. Ce qui en fit le fondateur mythique de  Bagnères de Bigorre et Montgaillard.Carnaval bearnais 006

 

L'actualité

 

Carnaval bearnais 014Lors du jugement, il y en eut pour tout le monde : Madame le Maire de Pau au premier chef. Elle ne semble pas défendre la langue gasconne et lui préférer une campagne d'image un peu creuse "Pau Porte des Pyrénées" PPP ce qui lui valut du Pom pom Pidou. Bayrou le Zorro de Borderes et le PS Habib dans son royaume de Lacq ne furent pas oubliés.Carnaval bearnais 004Carnaval bearnais 017

Dans les autres sujets d'actualité, l'abandon de la ligne SNCF Pau Canfranc et une déclinaison gasconne des " Casse toi pauvre c..."  et " Dégage...." Furent également abordés les Rollex, Bettencourt, l'avion qui amène Clara au septième ciel, les retraites...Carnaval bearnais 021

 

Une grande participation

 

Carnaval bearnais 001Ce qui différencie le Carnaval de nos corsos, c'est une participation importante de la population qui devient vraiment acteur : beaucoup d'enfants déguisés avec leurs parents ( bien sûr des Spiderman et des princesses à foison...mais aussi pas mal de sorcières.)


Et pour finir un regard vers les processions de la Sermaine Sainte en Andalousie : si là-bas, on sort les statues de la Vierge, ici on adore un saint local Sen Porquin. Ce n'est pas qu'on soit moins respectueux de la religion, mais en temps de Carnaval la dérision est de mise* !

 

* et depuis l'Antiquité : Mimi nous en parlera peut être sur son blog.

 

Réservé aux non-gascons : proposez en commentaire une traduction de la pancarte en vignette, la plus fidèle et élégante gagnera un pot de pâté de Sen Porquin réalisé selon la recette gasconne de Michèle. Et s'il vient de très loin, on l'arrosera d'un peu de Pacherenc moelleux ou de Tariquet. Pour ceux résidant hors métropole, on ajoutera  rillettes sur pain grillé  et  cantes de nouste !

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 11:37

Mardi Gras c’est jour de beignets, «  crespeths » en gascon. Faux-ami que ce mot qui n’a rien à voir avec les crêpes qui elles se nomment  « caussères* ». Les recettes sont innombrables et chaque ménagère a ses secrets : mais les variantes ne portent que sur des détails. J’ai donc compilé trois recettes traditionnelles issues du Cuisinier Landais  paru en 1928, de la Cuisine du Pays de Simin Palay (1936)  et la Cuisine Landaise des sœurs De Rivoyre (1980).


 Pour 30 beignets : 250 g de farine de blé, 6 œufs,  ¼ l d’eau ou de lait léger, 150 g de beurre, parfums : rhum, vanille ou citron. Matériel : plat de grande taille et bien stable pour travailler aisément, bassine à friture, cuillère en bois.

 

Confection : faire chauffer à quasi ébullition l’eau ou le lait léger-que l’on peut éventuellement sucrer- puis verser dans le grand plat rond avec le beurre.

Incorporer progressivement la farine remuer très longuement ; laisser refroidir puis incorporer un par un les 6 jaunes d’œuf : le travail à la cuillère de bois est très long mais c’est ce malaxage qui aère la pâte et la fera gonfler. Les soeurs De Rivoyre ajoutent en final un blanc d’œuf battu en neige.

Toutes les recettes insistent sur la longueur et la pénibilité de ce travail, mais comme dit Palay « tot gormandé que coste ». Vous pouvez toujours déléguer ce travail à un robot malaxeur !

 

Selon Palay, les beignets sont plus gonflés si la pâte est utilisée rapidement ( moins de 2 heures) dans la graisse et si celle-ci est juste un peu en dessous de l’ébullition (la graisse trop chaude « crisperait » la pâte). Le cuisinier landais insiste également sur la graisse « pas trop chaude » mais recommande de laisser reposer la pâte une nuit entière, tout comme Les sœurs De Rivoyre  qui utilisent « soit graisse, soit huile »

 

Pour faire les noix de pâte, tremper préalablement la cuillère dans la friture chaude. Ne pas serrer les beignets dans la friteuse car il faut leur laisser la place de gonfler et « har lou culhebet » (faire la culbute). Les retirer et saupoudrer de cassonade qui est bien meilleure que le sucre trop fin. Un Pacherenc moelleux devrait convenir à la dégustation qui se fera entre amis……pour commenter et améliorer. Je vous disais que chaque cuisinière a son secret !

 


  * Mais comme le gascon est une langue de gourmand, on distingue les « causserétos » (crêpes fines) des « causserats » crêpes épaisses, notamment celle faite en dernier avec toute la pâte restant au fond du récipient.  Pour ma part, c’est celle que je préfère surtout quand elle n’est pas trop cuite.

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 09:45

Isidore Salles est un poéte gascon, né en 1821 en pays de Gosse qui fit carrière dans les ministères parisiens, fut même un préfet de Napoleon III mais n'oublia jamais "lou parla que he ploura l'amne atendride" . Son oeuvre poétique est centrée sur une Gascogne populaire et forcément rurale, idéalisée par son absence.

 

J'ai choisi d'extraire ce poème "Cruspets". La graphie (discutable très certainement) est de Georges Hondelatte qui a compilé son oeuvre.

 

Cruspets


Garfous dou tems pascouau, regal !

A Nadau, le miche qu'es bone

Lou pastis caut, a Noste-Done

E lous cruspets, per Carnabal !

 

En le casserole de terre,

Com l'or, le paste qu'a bloundit,

E dab lou culhi, dit per dit,

Tout que s'en ba dens le padère !

 

S'estiran le peth en hinglan,

Lou cruspetot que birouleye :

L'un redoun com Yan-panse-pleye,

L'aut cornart, com meste Caplan !

 

E bien poudrats de cassounade,

A taule que binen touts cauts...

Desempuch, qu'ene ey minjat d'auts,

Mès le sabou s'en ère anade !

 

Qu'arrebiri en Frances

Beignets


Garfous* du temps pascal, régal !

A Noël, la miche* est bonne

Le pastis* chaud à Notre Dame

Et les beignets, pour Carnaval !

 

Dans la casserole de terre,

Comme l'or, la pâte a blondi

Et de la cuillère, doigt après doigt,

Tout arrive dans la poêle !

 

S'étirant la peau en gonflant,

Le petit beignet pirouette :

L'un rond comme Jean-panse-pleine

L'autre  cornu (rugueux) comme maître Caplan !

 

Et bien poudrés de cassonade,

A table, ils arrivent tout chauds...

Depuis, j'en ai mangé bien d'autres,

Mais la saveur s'en était allée !

 

* pâtisseries gasconnes traditionnelles

 

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