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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 11:37

Mardi Gras c’est jour de beignets, «  crespeths » en gascon. Faux-ami que ce mot qui n’a rien à voir avec les crêpes qui elles se nomment  « caussères* ». Les recettes sont innombrables et chaque ménagère a ses secrets : mais les variantes ne portent que sur des détails. J’ai donc compilé trois recettes traditionnelles issues du Cuisinier Landais  paru en 1928, de la Cuisine du Pays de Simin Palay (1936)  et la Cuisine Landaise des sœurs De Rivoyre (1980).


 Pour 30 beignets : 250 g de farine de blé, 6 œufs,  ¼ l d’eau ou de lait léger, 150 g de beurre, parfums : rhum, vanille ou citron. Matériel : plat de grande taille et bien stable pour travailler aisément, bassine à friture, cuillère en bois.

 

Confection : faire chauffer à quasi ébullition l’eau ou le lait léger-que l’on peut éventuellement sucrer- puis verser dans le grand plat rond avec le beurre.

Incorporer progressivement la farine remuer très longuement ; laisser refroidir puis incorporer un par un les 6 jaunes d’œuf : le travail à la cuillère de bois est très long mais c’est ce malaxage qui aère la pâte et la fera gonfler. Les soeurs De Rivoyre ajoutent en final un blanc d’œuf battu en neige.

Toutes les recettes insistent sur la longueur et la pénibilité de ce travail, mais comme dit Palay « tot gormandé que coste ». Vous pouvez toujours déléguer ce travail à un robot malaxeur !

 

Selon Palay, les beignets sont plus gonflés si la pâte est utilisée rapidement ( moins de 2 heures) dans la graisse et si celle-ci est juste un peu en dessous de l’ébullition (la graisse trop chaude « crisperait » la pâte). Le cuisinier landais insiste également sur la graisse « pas trop chaude » mais recommande de laisser reposer la pâte une nuit entière, tout comme Les sœurs De Rivoyre  qui utilisent « soit graisse, soit huile »

 

Pour faire les noix de pâte, tremper préalablement la cuillère dans la friture chaude. Ne pas serrer les beignets dans la friteuse car il faut leur laisser la place de gonfler et « har lou culhebet » (faire la culbute). Les retirer et saupoudrer de cassonade qui est bien meilleure que le sucre trop fin. Un Pacherenc moelleux devrait convenir à la dégustation qui se fera entre amis……pour commenter et améliorer. Je vous disais que chaque cuisinière a son secret !

 


  * Mais comme le gascon est une langue de gourmand, on distingue les « causserétos » (crêpes fines) des « causserats » crêpes épaisses, notamment celle faite en dernier avec toute la pâte restant au fond du récipient.  Pour ma part, c’est celle que je préfère surtout quand elle n’est pas trop cuite.

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 09:45

Isidore Salles est un poéte gascon, né en 1821 en pays de Gosse qui fit carrière dans les ministères parisiens, fut même un préfet de Napoleon III mais n'oublia jamais "lou parla que he ploura l'amne atendride" . Son oeuvre poétique est centrée sur une Gascogne populaire et forcément rurale, idéalisée par son absence.

 

J'ai choisi d'extraire ce poème "Cruspets". La graphie (discutable très certainement) est de Georges Hondelatte qui a compilé son oeuvre.

 

Cruspets


Garfous dou tems pascouau, regal !

A Nadau, le miche qu'es bone

Lou pastis caut, a Noste-Done

E lous cruspets, per Carnabal !

 

En le casserole de terre,

Com l'or, le paste qu'a bloundit,

E dab lou culhi, dit per dit,

Tout que s'en ba dens le padère !

 

S'estiran le peth en hinglan,

Lou cruspetot que birouleye :

L'un redoun com Yan-panse-pleye,

L'aut cornart, com meste Caplan !

 

E bien poudrats de cassounade,

A taule que binen touts cauts...

Desempuch, qu'ene ey minjat d'auts,

Mès le sabou s'en ère anade !

 

Qu'arrebiri en Frances

Beignets


Garfous* du temps pascal, régal !

A Noël, la miche* est bonne

Le pastis* chaud à Notre Dame

Et les beignets, pour Carnaval !

 

Dans la casserole de terre,

Comme l'or, la pâte a blondi

Et de la cuillère, doigt après doigt,

Tout arrive dans la poêle !

 

S'étirant la peau en gonflant,

Le petit beignet pirouette :

L'un rond comme Jean-panse-pleine

L'autre  cornu (rugueux) comme maître Caplan !

 

Et bien poudrés de cassonade,

A table, ils arrivent tout chauds...

Depuis, j'en ai mangé bien d'autres,

Mais la saveur s'en était allée !

 

* pâtisseries gasconnes traditionnelles

 

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 17:11

Le Gascon langue à part entière, distincte de l’occitan ? les témoignages de grands romanistes compilés et publiés  sur Facebook par Institut béarnais et gascon, dimanche 13 février 2011, 22:49.

Théories d'experts ( pas faciles à suivre) mais  ce qui est indiscutable c'est que c'est bien une langue très ancienne  

 

1879 – Camille Chabaneau, Leçon d’ouverture du cours de langue romane à la Faculté des Lettres de Montpellier, le 7 janvier 1879, Revue des langues romanes, 1879, p. 158 : du latin parlé en Gaule sont nées « trois langues nouvelles […]. Ces trois langues sont : la langue d’oui, ou le français, au Nord; la langue d’oc, ou le provençal, au Sud et au Sud-Est, et enfin le gascon au Sud-Ouest. »

1879 – Achille Luchaire, Étude sur les idiomes pyrénéens de la région française, p. 193. — « Si, à l’exemple de l’un de nos meilleurs romanistes, M. Chabaneau, nous qualifions le gascon de langue, ce n’est pas que nous méconnaissions le lien qui le rattache à la langue d’oc; c’est en raison du grand nombre de caractères originaux qui lui font une place tout-à-fait à part parmi nos dialectes du Midi. »

1887 – Michel Bréal, INSTITUT DE FRANCE. Académie des Inscriptions et Belles-Lettres ; Séance publique du 18 novembre 1887, cité par Lespy, Dictons et Proverbes du Béarn, 1892, pp. II-III — « Le concours sur les antiquités de la France n’a pas réuni moins de vingt-quatre concurrents, […] « La troisième médaille a été attribuée à un livre de linguistique, le Dictionnaire béarnais ancien et moderne de MM. Lespy et Paul Raymond. Le dialecte gascon parlé dans le Béarn a cet avantage d’avoir été anciennement confié à l’écriture dans des textes juridiques, historiques et même littéraires. […] »

1892 – Édouard Bourciez, La langue gasconne à Bordeaux, 1892, pp. 5-6 — « Nous donnerons ici le nom de langue au gascon : les savants le lui refusent d’ordinaire et n’y veulent voir qu’une variété de ce provençal […]. Il est certain que par bien des traits originels le gascon se relie au grand domaine provençal; il n’est pas moins indéniable qu’il en possède de très spéciaux, et qui de bonne heure lui ont assuré sa place à part. Le fait est qu’au moyen âge les poètes et les grammairiens provençaux considéraient déjà le gascon comme une langue étrangère et le traitaient sur le même pied que le français, l’espagnol ou l’italien [Note de renvoi : « Apelam lengatge estranh coma frances, angles, espanhol, gasco, lombard. » (Leys d’Amors, II, 388.)]: il n’y a point de motif pour que nous n’agissions pas comme eux.

1921 – Joseph Anglade, Grammaire de l’ancien provençal ou ancienne langue d’oc, Paris, 1921, p. 19. — « Le gascon et le catalan ont évidemment dès le début de langue la plupart de leurs traits distinctifs; mais ces traits ne sont pas encore tellement accusés et tellement nombreux qu’ils soient un obstacle insurmontable — comme ils le sont devenus aujourd’hui — à une unité linguistique, au moins relative. »

1922 – Édouard Bourciez, La langue gasconne, La Revue méridionale, t. III, n° 6, 15 déc. 1922, p. 477. — « La langue gasconne est l’idiome d’origine latine qui s’est développé en France dans le triangle formé par la Garonne, les Pyrénées et l’Océan : elle y est encore plus ou moins parlée aujourd’hui par trois millions d’hommes. […]. Si nous donnons au gascon ce nom de « langue » qui lui a souvent été dénié, c’est que, tout en se rattachant de près à la langue d’oc parlée dans la moitié méridionale de l’ancienne Gaule, il s’en est cependant séparé par des caractères originaux et distinctifs. Cette originalité a été reconnue et constatée de bonne heure, puisque, dès le moyen âge, les Leys d’Amors, rédigées à Toulouse au milieu du XIVe siècle, donnaient a cet égard un témoignage décisif, souvent cité : « Apelam lengatge estranh coma frances, engles, espanhol, gasco, lombard. » (Leys d’Amors, II p. 388).

1926 – Carl Appel, Archiv für das Studium der neueren Sprachen, p. 131, cité per G. Rohlfs. — « Si quelque part il y a une frontière absolue entre les dialectes de la France, c’est la frontière de la Garonne, qui sépare les dialectes béarnais et gascons de ceux du Languedoc. C’est une pure convention de séparer du domaine occitanien la langue du Roussillon, mais non pas le Gascon. »

1935 – Gerhard Rohlfs, Le Gascon, Études de philologie pyrénéenne, 1ère éd., repris dans la 3ème, p. 1. — « Si l’on s’est habitué à considérer le catalan comme une langue à part, il faudra, certes, rendre le même honneur au gascon. »

1945 – Alfred Jeanroy, Histoire sommaire de la poésie occitane des origines à la fin du XVIIIe siècle, Toulouse, 1945, p. 4. — « Les parlers romans usités entre le domaine basque, les Pyrénées, l’Ariège, la Garonne et la Gironde, c’est-à-dire le béarnais et le gascon, présentent dans leur phonétique, leur morphologie et même leur lexique des traits si particuliers qu’ils ont été souvent, et non sans raison, considérés comme des langues à part. »

1962 – Kurt Baldinger, Revue de linguistique romane, p. 331. — Le gascon, « on doit le considérer comme une quatrième unité linguistique, s’opposant au domaine français, occitan et franco-provençal. »

1965 – Aurelio Roncaglia, La lingua dei Trovatori (Profilo di grammatica istorica del provenzale antico), ed. dell’Ateneo, Roma, 137, pp. 26-36. « zones de transition entre occitan, français et espagnol […] : — 1. francoprovenzale e pittavino (p. 26) — 2. catalano (p. 30) — 3. guascone (pp. 34-36) […] La classification courante considère celui-ci comme un dialecte, ou plutôt un groupe de dialectes du provençal (groupe “gascon-béarnais” ou “aquitain”); mais sa différenciation est, et était déjà au moyen-âge, assez nette pour permettre de considérer directement le gascon comme une langue en soi. » 

1971 – Jacques Allières, Atlas linguistique de la Gascogne (Vol. V “Le Verbe”, Avantpropos du fascicule 2 “Commentaire”) — « […] cette Gascogne qui, depuis le moyen âge, accuse face à ses voisins une si forte personnalité linguistique. »

1972 – Jacques Chaurand, Introduction à la dialectologie française, Paris, p. 5 « Le gascon et l’occitan — dont le provençal est la variété la plus célèbre à cause de la langue littéraire qui a porté ce nom — ont paru représenter des langues assez caractérisées pour que les dialectes qui s’y rattachent fassent l’objet d’une étude à part. »

1973 – Pierre Bec, Manuel pratique d’occitan moderne, p. 26. — Le gascon, « une langue très proche [de l’occitan], certes, mais spécifique (et ce dès les origines), au moins autant que le catalan. »

1977 – Gerhard Rohlfs, Le Gascon, Études de philologie pyrénéenne, 3ème éd. Tübingen- Pau, p. 4. — « Il faut se rendre compte que nous n’avons pas à faire à un dialecte quelconque du domaine provençal, mais à un idiome qui dans ses nombreuses particularités s’approche d’une vraie langue indépendante. »

1982 – Francho Nagore et autres, El Aragonés : identidad y problemática de una lenga, 3ème éd., p. 16-18 [dans sa présentation schématique des langues romanes, le groupe « galloroman» comprend les langues des 4 “domaines” de K. Baldinger, le français, le francoprovençal, le provençal (= occitan pour K. Baldinger) et le gascon] « Comme nous le voyons, le gascon, le catalan et l’aragonais forment un pont entre la Gallo-Romanie et l’Ibéro-Romanie, par leur position géographique, par de nombreux faits phonétiques et morphologiques et, surtout, par le lexique qui coïncide à de nombreux égards dans ces trois langues. Aussi certains linguistes parlent-ils d’un vocabulaire typiquement pyrénéen (cf. Le gascon [Rohlfs], pp. 38-58) et d’un groupe spécial de langues qu’ils appellent « groupe pyrénéen » (cf. Alwin KUHN, El aragonés, idioma pirenáico).

1985 – Tomás Buesa Oliver, Lengas y hablas pirenáicas, 4° cours d’été à San-Sebastián, p.15. — « Le gascon a une telle individualité qu’on ne peut le subordonner à l’occitan. »

1988 – Jacques Allières, Occità, català i gascó : punts de contacte, contribution à la Semaine Occitània, present i futur, Université de Valence, 14-18 Novembre 1988, Paraulas d’Òc, n° 1, Novembre 1996, p. 7-17. — « Si l’on hésite toujours à définir la place qui revient au catalan dans le cadre des langues romanes, peut-être pourrions-nous nous poser des questions semblables pour ce qui est de la langue gasconne, souvent considérée — comme le faisait déjà le XIVème siècle — comme un “langatge estranh” : ne serait-il pas lui aussi une “langue pont” entre galloroman et ibéro-roman ? « Nous avons voulu parler ici pour souligner cette double spécificité en face de l’occitan, au nom d’une Gascogne toponymiquement présente à Toulouse même. Un Gascon peut, mieux qu’aucun autre — vous pouvez me croire ! — comprendre un Catalan; et, peut-être, encore mieux un Valencien. » [fin de l’exposé].

1994 – Henriette Walter, L’aventure des langues en Occident, p. 226 sqq. — [Tableau La France et ses langues : dans le “domaine d’oc”, quatre ensembles, nord-occitan (limousin, auvergnat, provençal alpin), sud-occitan (languedocien, provençal maritime, niçart), gascon et béarnais. Les paragraphes consacrés ensuite aux “langues romanes de France” ont pour titres respectifs “Le corse, Le catalan en France, Le domaine d’oc, Le gascon, Le franco-provençal et Les dialectes d’oïl”.] « Dans le groupe occitan, une place à part est à réserver au gascon, dont la spécificité s’explique par la présence ancienne des Aquitains — les hypothétiques ancêtres des Basques — à l’Ouest de la Garonne, où l’on parle aujourd’hui gascon. [f > h, caractéristique du gascon] « Une variété de cette langue existe aussi en Espagne (cf. chapitre AUTOUR DE L’ESPAGNOL, § L’aranais n’est pas du catalan, p. 190). »

1996 – André Martinet, Lettre à Jean Lafitte, 18 novembre 1996. — « Si l’on s’en tient à la forme linguistique des parlers, il paraît indispensable de mettre à part, parmi les parlers du Midi, le catalan et le gascon, celui-ci profondément influencé par le contact avec le basque. […] Il ne me paraît pas qu’il y ait à faire des distinctions aussi tranchées entre les parlers restants, provençaux, languedociens, auvergnats et autres. « Il serait utile, dans la terminologie linguistique, de mieux marquer l’originalité du gascon par rapport à ses voisins. »

1997 – Povl Skårup, de l’Institut d’études romanes de l’Université de Copenhague, Morphologie élémentaire de l’ancien occitan, p. 5, Avant-propos — « La langue décrite est l’ancien occitan (dit aussi provençal) d’avant 1300 […]. Le catalan ou le gascon, le francoprovençal ou le français ne sont considérés que pour mieux illustrer l’occitan. »

2002 – Jean-Pierre Chambon, directeur du Centre d’études et de recherches d’oc à la Sorbonne et Yan Greub, Note sur l’âge du (proto)gascon, Revue de linguistique romane, n° 263-264, Juillet-Décembre 2002, p. 492. — « … le gascon n’a pu se détacher d’un ensemble linguistique [occitan] qui n’existait pas — ou, si l’on préfère, qui n’existait pas encore — au moment où il était lui-même constitué. Il ne peut par conséquent être considéré comme un dialecte ou une variété d’occitan au sens génétique de ces termes («forme idiomatique évoluée de»). Du point de vue génétique, le (proto)gascon est à définir comme une langue romane autonome. » 12 septembre 2005 – Jean-Pierre Chambon et Yan Greub, « L’émergence du protogascon et la place du gascon dans la Romania », Actes du VIIIe Congrès de l’Association internationale d’études occitanes (A.I.E.O.), Pessac, 2009, pp. 787-794. C’est la reprise des conclusions de la Note de 2002 dans une communication faite devant de nombreux universitaires français et étrangers réunis à Bordeaux pour ce congrès. M. Chambon a ouvert sa communication en critiquant sans ménagement l’expression (ou “syntagme”) « occitan gascon […] qui apparut fugacement dans le titre d’un atelier de ce congrès. Ce syntagme dit qu’“il y a de l’occitan gascon”, que le gascon est de l’occitan. Si nous lui avions fait confiance, il aurait imposé d’entrée de jeu de ne pas poser le problème que, précisément, nous voulons soulever. Il aurait délimité l’espace du dicible et tracé la frontière entre la bonne pensée et l’hérésie. » Ce choix de mots affirme « dur, mais non en finesse toutefois : c’est sa force (elle peut impressionner) et sa faiblesse (elle ne convainc pas car elle ne sait argumenter). » Et en conclusion, p. 794 : Son exposé n’est « que le premier chapitre de l’histoire linguistique et sociolinguistique du domaine gascon. Or cette histoire reste à écrire, […]. » Et d’avoir reconnu l’autonomie du gascon dès les origines « pourrait constituer un encouragement à poursuivre en évitant de noyer d’entrée le poisson gascon dans le Grand Tout occitan […] » « Un des derniers alinéas de cette histoire devra répondre à la question suivante, qui relève clairement de l’histoire des idées : à qui devons-nous l’intégration du gascon dans la langue d’oc ? On pourrait parier que c’est, avant les linguistes, au mouvement renaissantiste 6 : à la question de l’affiliation du gascon, les linguistes auront trouvé une réponse toute prête. »

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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 19:29

Dans notre bestiaire européen, l’ours tient une place à part que nous rappelle sa présence dans les Carnavals pyrénéens traditionnels.


Que l’on aille de Prats de Mollo aux bourgades basques en passant par le Béarn, on trouve toujours un épisode du Carnaval où l’ours sort dans la rue pour participer à la fête mais surtout marquer la permanence de symboles millénaires.

L’ours a été vraisemblablement l’un des tous premiers cultes de l’un des tous premiers cultes de l’humanité. Parce qu’il nous ressemble ( il marche debout, s’accouple en face à face), parce qu’il forçait le respect par sa force et que l’affronter était le seul signe de vraie virilité. Il a été jusqu’à l’époque de Charlemagne le vrai roi des animaux, celui dont la toison conférait aux guerriers une invincibilité jamais remise en cause. C’est l’Eglise qui a précipité cette déchéance et a mis en place le lion à la tête des animaux.


Son mode de vie, alternant périodes actives et hibernation, a marqué nos rythmes de vie. La fête de la Chandeleur avant d’être chrétienne fut surtout celle du réveil de la nature, celle où ours et marmottes mettaient le nez dehors pour décider de replonger dans leur tanière ( tutte en gascon) ou ne plus y revenir. J’ai d’ailleurs entendu au Grand Bornand, un proverbe savoyard qui confirme cette date-clé : « A la Chandeleur, l’hiver reprend ou se meurt ».

D'ailleurs cette année, les grues et milans ont pratiqué cette semaine leur migration de retour !


La présence de l’ours dans les Carnavals traditionnels est donc à mettre en lien avec la fin espérée à cette date de la mauvaise saison et au-delà la reprise des activités humaines fondamentales : procréation et sexualité. Car avant d’être l’aimable animal en peluche, l’ours a symbolisé la sexualité à l’état brut et au Moyen Age on soupçonnait des filles de s’accoupler avec les ours dont elles auraient eu des enfants,  poilus certes mais d’une force invincible.

ours-2.jpgDans les Carnavals, où par définition tout est permis, les ours débarquent en ville ; pas des vrais mais de jeunes gens revêtus de peaux, à la face charbonnée et parfois solidement dotés. Toujours dans le cadre d’une permissivité totale mais codifiée, garçons et filles inversent par leur déguisement les rôles.ours 1

Les ours sont excités par des filles vétues de rose ( les rosettes en fait des garçons) qui montrent leurs fesses : ils leur sautent dessus, les mettent à terre et miment l’acte sexuel. Quelques jolies filles du public  (des vraies celles-là) n’échappent pas à l’étreinte.ours 3

C’est alors qu’interviennent les caçayres (chasseurs filles ) qui les poursuivent et les tuent. L’ours est alors rasé (symboliquement déba rassé de sa pelisse) puis interviennent les montreurs d’ours ( oursatès, ou oursalhès en Ariège). Avec leur bâton, ils insufflent à nouveau la vie dans le train arrière de l’animal qu’ils vont enchaîner pour le faire danser….Puis l’animal s’échappe…..

Pour en savoir beaucoup plus, je vous propose le site http://www.carnavalbiarnes.com/ d’où sont extraites les photos.

Avec un animal qui tient une telle place dans notre imaginaire collectif, allez donc vous étonner que sa présence ou non dans les Pyrénées suscite tant de passion.

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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 18:29

C'est un peu long mais c'est la dénomination exacte du bouquet qui est censé évoquer le printemps.

Ikebana 6-7 016 modifié-1

Le ciel - ou du moins son reflet- est évoqué par la branche allongée sur l'eau. L'homme se dresse à l'arrière matérialisé par les fleurs de camélia. La terre est symbolisée par le gerbera rouge à l'avant.

 

Dans cet art tout est codifié mais je trouve assez réussi !

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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 15:08

Mardi Gras va clore le temps du Carnaval qui dure depuis l’Epiphanie. C’est un temps où depuis l’Antiquité tout est permis, qui culmine début mars avec le réveil des éléments naturels. Les porcs ayant été « pelés » ( lou pèle-porc  ou la pélère) la nourriture est abondante, les travaux des champs laissent du temps : c’est la saison où se faisaient 74 % des mariages dans le Madiranais du XVIII° siècle.  Malheureusement, le Carême n’attend que les dernières réjouissances de Mardi- Gras pour commencer le temps de l’austérité.


Sanpansar1.jpgLe personnage central du carnaval en Gascogne est San Pansar, littéralement Saint Ventru. C’est un personnage à la face rubiconde, signe de bonne chère excessive, amateur de femmes, « trufandé » c'est-à-dire moqueur, licencieux et totalement soumis à l’élan vital du printemps que l’on sent venir ( j’aurai l’occasion de vous en parler avec le personnage de l’ours qui incarne la sexualité bestiale)

Mais avec tous ces défauts, il incarne aussi l’esprit de la fête, l’indépendance du peuple par rapport à l’autorité. Ce personnage est récurrent au moins dans tout le Sud de la France ( et peut-être ailleurs) puisqu’on l'y retrouve sous le nom de Sen Crebassi ( Saint Goinfre) ou en Provence sous celui de Carmentran.

En Béarn, tous les ans son parcours est codifié : il a échappé au jugement de l’année passée, s’est réfugié en Aragon d’où il repart le jour de l’Epipahanie, pour récupérer son trône. Il part donc d’Aragon à Anso, pour passer par les Eaux Bonnes, Oloron Sainte Marie puis divers villages des Pyrénées et son « passa carrera » jalonné d’autant de soirées gastronomiques et arrosées le conduit  à Pau la dernière semaine de février pour « ue hartera de nau dies ». Là  il pense que sa marche triomphale le porte vers le trône alors qu’il va y être jugé.

Ce sont les forces moralisatrices composées de «lous de qui cau, lous sarrats de cu et piche-vinagre » qui reprennent le dessus dans ce jugement : il y est traité de « coquin, gran porcas, canhas, sac à bi » La mise en scène lui  impute aussi d’autres méfaits en lien avec l’actualité : l’augmentation des impôts locaux, Sarkozy, les mauvaises performances sportives, l’abandon de la langue béarnaise. Le procès est encore un moyen de défoulement. Il se défend simplement en disant qu’il a apporté la fête, le bonheur et le rêve. Les autorités le condamnent  à être brûlé, châtiment auquel il échappera mystérieusement… pour se réincarner l’année suivante.

Vous trouverez la video ( en V.O gasconne mais sous titrée)de son procès 2010 en cliquant sur ce lien http://www.dailymotion.com/video/xcvg39_carnaval-biarnes-2010-proces-2010_fun#from=embed   ( vous aurez reconnu les Incognitos dans l’animation musicale)

 

Dans la suite de San Pansar se trouvent deux personnages. Son épouse Carronha (charogne)  est vêtue de noir, austère, essaye de limiter ses excès.  Autre personnage de contre-point : Caresme ou Quoaresme ; avec sa fourche, il éparpille les braises des foyers et essaye de décrocher les boudins et saucisses des maisons où il entre pour préparer au Carême. Il porte un grill et à son parapluie sont accrochées  sardines salées et queues de morues. Mais durant sa marche triomphale, San Pansar l’écarte systématiquement.  

 

A la fin du bûcher, le peuple dit au revoir à Carnaval dans un chant trés connu dont voiçi un couplet

Carnaval qu'ei un brave omi

Quan t'inviti tà un aut an

Que tornarei aver poras

Que tornara har lo gormand.

M'a deishat las pochas vueitas

E lo bufet beth drin malau

Adiu praube, praube, praube

Adiu praube Carnaval.

 

Carnaval est un brave homme, que j'invite l'année prochaine, j'aurai à nouveau des poules, il pourra à nouveau faire le gourmand. Il m'a laissé les poches vides et le ventre bien malade. Adieu pauvre.... Carnaval


 


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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 15:04

 

Pour mieux comprendre une fête qui pour les plus jeunes se réduit à un masque, un déguisement et d’excellents beignets, je vous propose une série d’articles sur le sens plus profond du Carnaval, en Gascogne et plus largement dans les Pyrénées.

 

 

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 21:39

 

 

J11 Saisies Bisanne 020 

Pour éliminer repas et apéritifs, nous avions choisi la station des Saisies qui fut le site de ski de fond lors des J.O d'Albertville.

Le site a beaucoup d'avantages : 45 minutes d'Albertville, un relief adapté ( même si certaines montées à 1941 m sont bien raides) et surtout la proximité du massif du mont Blanc qui forme un décor naturel exceptionnel.

D'ailleurs du haut du signal de Bisanne le panorama à 360 ° englobe les massifs de la Chartreuse, des Bauges, des Aravis, la Maurienne, la Tarentaise, le Beaufortain, la Pierra Menta.

J9 Saisies Mont Blanc 008

 

Après l'effort de la montée, on a bien droit à une pause et ce n'est pas parce que l'on est en montagne qu'il faut renoncer aux bons moments de la vie

 

 

J11 Saisies Bisanne 023

J9 Saisies Mont Blanc 006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et pour vous persuader de la douceur du temps et des températures, cette photo de Joel, torse nu un 8 février à 1800 m d'altitude alors que vous le voyez si souvent entortillé dans sa serviette sur la plage en juillet.

 

J9 Saisies Mont Blanc 021

Et au cours de ces moments en altitude, j'ai été amené à me poser la question de la pertinence de ma réflexion habituelle " Et où est-ce-que l'on est mieux que chez nous ?" Mon cerveau hyperoxygéné a trouvé une  réponse imparable : Mieux ? nulle part. Mais en Savoie on y est aussi bien !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 20:34

 

 

CetteJ8 Genève-Chambé-Tamié 034 troisième partie du séjour, nous amenait à rencontrer les gens que nous avons connus à Bias, dont certains il y a plus de vingt ans et qui en sont toujours des fidèles. 

Bien évidemment, nous avons fait avec eux des sorties en montagne mais nous avons consacré plus de temps à visiter, goûter les spécialités locales, parler des projets ou des petits enfants, rigoler !

J8 Genève-Chambé-Tamié 011 Charlie et Lenny sont l'illustration de la fidélité aux Landes : ils forment la troisième génération de savoyards ; ce jour-là ce sont eux qui nous ont fait visiter Genève, ses beaux quartiers, son horloge fleurie, ses vitrines de grand luxe, son lac - mais pas son jet d'eau qui est hors service en hiver.

 

J8 Genève-Chambé-Tamié 046De passage à Chambéry, nous avons retrouvé Alain et Françoise à la fois retraités et grands parents : après le match de rugby de l'équipe de France, Françoise nous avait préparé une excellente fondue. Mais évidemment, les petits enfants - içi Pierre, lui aussi fidèle de Bias - ont accouru pour faire un second repas et tremper leurs croûtons comme les grands. 

 

Nous avonJ10 Gastronomie 017s également retrouvé avec plaisir Gérard et Nicole qui étant retraités sont aussi des grand parents très disponibles. Ils habitent prés d'Albertville et s'occupent avec grand plaisir de deux de leurs petites filles Emy et Tea. On voit içi Mamy Nicole danser la country avec l'une de ses filles qui comme elle appartient à un club.

J10 Gastronomie 007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elles ne connaissent pas encore les vagues de Lespecier.....mais cette lacune doit pouvoir se combler facilement.

 

Juste un mot sur toutes les spécialités savoyardes que nous avons goûtées : les diots (saucisses au vin blanc), le pormonnier (diots farcis aux légumes) les crozets ( minuscules pates carrées), la pollenta, la fondue, le sauté de porc au fromage, la grande variété de fromages (tomme de Savoie, Beaufort, Abondance, Reblochon,Tamié,Tête de Moine....) le vin blanc ou rouge de Savoie,l'alcool de genépi. Sans oublier un petit voyage gastronomique dans le Jura par le truchement de la "boîte chaude" un fromage qui est passé au four dans sa boîte de bois et qui vient couler sur des pommes de terre servies avec du saucisson au poivre, de la viande des Grisons, du jambon fumé.

 

Mais dans le cadre de notre rôle d'ambassadeurs gascons nous n'avons pas oublié de faire goûter le paté fourré au foie gras, les confits, les pommes de terre sautées aux cèpes...


J8-Geneve-Chambe-Tamie-046-4.jpg

 

 

Demain on attaquera de nouveau le régime : il y aura certainement du travail*...mais que de bons moments passés autour de ces tables savoyardes!

 

NB : la bascule confirme, ce qui n'enlève rien au plaisir pris

 


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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 11:42

D'un petit coup de zapette, on passe du Massif Central aux Alpes. Ici, l'histoire géologique a conservé des sommets élancés mais la météo n' a pas suivi pour la finition en neige. Heureusement l'anticyclone s'est occupé du soleil.

 

J7-Chinaillon-020.jpgNous voici installés au Grand Bornand : sous les toits d'un chalet traditionnel, très confortable, au coeur d'un ensemble de stations qui propose ski de fond ( dont le site nordique des Confins) et ski de piste à La Clusaz avec les très belles combes des Aravis. De la neige, il y en a sur les pistes grâce aussi aux canons à neige mais à l'altitude où nous évoluons pour nos sorties ( 1300 - 1700 m) c'est très variable selon l'exposition, le vent.

La neige est partout très dure ce qui fait annoncer à France Bleu Savoie que c'est exceptionnellement dangereux (  Des morts  : y z'ont qu'à venir apprendre dans les Pyrénées !).

En quatre jours, nous faisons quatre sorties dans différents sites du secteur que nous joignons par les navettes gratuites pour les résidents. C'est parfaitement organisé et évite d'avoir des kyrielles de voitures dans ces villages à l'architecture préservée.

J4 Gd Bor - balcon Aravis 011

Petit pause vers 1600 m d'altitude en versant sud est. La suite de la descente sur l'autre versant de la station sera plus verglacée et vaudra à Michèle un beau vol... suivi immédiatement de l'accusation de l'avoir empêchée de mettre les raquettes. (Je confirme, c'eut été plus facile et plus sécurisant avec les raquettes sur les pentes verglacées! Michèle)


J5 Confins - Danay 004Le lendemain montée à la Tête du Danay qui est un panorama renommé au dessus du site nordique des Confins ( futur site olympique Annecy 2018 peut -être). La montée est raide mais superbe. Malheureusement la neige est verglacée sur les crêtes et il nous faudra être très vigilants à la descente, (mais avec les raquettes. c'était plus facile et plus sûr. M). Le soir, sur les conseils d'un autochtone, nous nous équipons de surchaussures en caoutchouc qui comprennnent six pointes en acier et qui vont nous rendre la vie facile sur ces neiges allant de très dures aux endroits piétinés  jusqu'à la glace vive.J5 Confins - Danay 014Le plateau des Confins au pied des combes des Aravis qui me semblent être le paradis des amateurs de ski hors piste.....mais faut pas aimer le soleil vue l'exposition.J5 Confins - Danay 015C'était le jour de la Chandeleur : on se souviendra plus du cadre que de la crêpe !

J6 Fry-Beauregard 018Troisième jour : liaison du col de la Croix Fry au plateau de Beauregard. Le site est un peu plus enneigé, la neige un peu meilleure.... et surtout nos crampons font merveille !

(c'est bien vrai!)  Le cadre est superbe.

La Clusaz est bien organisée pour ces itinéraires raquettes  ( qui vue la dureté de la neige sont des itinéraires piétons) en offrant par exemple la descente gratuite en télécabine depuis Beauregard. Presque cinq heures quand même !J7 Chinaillon 010Le quatrième jour, nous partons du vieux village de Chinaillon pour une randonnée plus courte ( 2 h 30) mais mon souhait d'en rajouter un petit peu hors balisage nous amène à presque quatre heures. Cependant le petit extra ne provoque pas l'habituel " avec toi, c'est toujours plus" auquel je m'attendais ! Il faut dire que nous étions partis légers, que la forme arrive, qu'on se serait cru en mars.....

Au retour, nous achetons reblochon et tomme de Savoie et nous préparons à la troisième partie du voyage qui va nous conduire chez  Frank et Karine, Joël et Annie, Gérard et Nicole... sans compter les sollicitations chambériennes que nous ne connaissons pas encore. A mon avis le prochain article devrait comporter plus de photos d'apéros que de randos 

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